Chausse-Trappes (I)

Artist(s)
Delphine Coindet

Ne pas être là où on l’attend, tel semble être le mot d’ordre de Delphine Coindet; et pour cette artiste installée récemment à Lausanne, figure majeure de la jeune scène artistique française, il est probablement aussi salutaire que jubilatoire d’échapper à ces catégorisations qui ne retiendraient qu’une dimension “virtuelle” de ses sculptures et l’irréalité de leurs surfaces lisses. Lili Reynaud-Dewar soulignait, à propos de Delphine Coindet, son “instabilité à la fois chronique et discrète (…), caractéristique d’un type de sensibilité fantaisiste” comme “postulat à partir duquel s’élaborent la liberté, le plaisir, le style”. Au-delà d’une désinvolture élégante, il y a en effet chez cette artiste un penchant sérieux pour l’excentrique et la transgression, et qui s’épanouit sans dissimuler sa jouissance dans ses travaux récents. Tout semble indiquer que Delphine Coindet se soit récemment livrée à une vaste entreprise de recyclage des formes qui ont caractérisé son propre répertoire. Les motifs récurrents demeurent: un goût non dissimulé pour la théâtralité – voire pour la dramatisation, un vocabulaire au glamour un peu toc où se côtoient plumes, grelots et résilles, des couleurs vives et saturées, et une forme certaine d’agressivité. Les moyens, eux, semblent avoir été transférés d’une agence aéronautique à un atelier de couture. Il faut voir dans cette évolution, plutôt que le désaveu d’un passé récent, une prolongation des différentes mises à mal qui se lisaient précédemment, dans les tensions qui existaient déjà entre les matières ou dans l’agencement même des objets. D’autres indices laissaient présager cette évolution et notamment l’émergence récente de dessins au feutre, qui renvoyaient davantage à l’enfance et sa brutalité qu’aux rendus irréprochables d’un industrie high tech, décidément trop polie, à laquelle semblaient appartenir les schémas préparatoires de l’artiste. L’exposition se déploie en deux volets, le premier sous la forme d’une exposition personnelle, le second étant la présentation de quatre artistes réunis par Delphine Coindet, non pas selon un ordonnancement motivé par un thème, mais plutôt comme la photographie d’un faisceau de correspondances, de filiations ou d’influences qui se jouent dans l’environnement direct de l’artiste. Cette logique d’échange paraît naturelle à Delphine Coindet, qui souligne que l’on «construit rarement les choses tout seul». Que ce soient des collaborations éprouvées comme dans le cas de Vincent Beaurin, ou d’une influence plus lointaine dans celui de Sarah Charlesworth, les œuvres ainsi réunies figurent un répertoire de gestes et de méthodes, d’intentions et de contextes qui peuvent être lus indépendamment comme ils peuvent résonner entre eux et avec le premier volet de cette exposition.

AVEC LE SOUTIEN DE Loterie Romande, Coriolis Promotion, Etat de Fribourg, Office fédéral de la culture, Fondation Ernst Göhner, Pourcent Culturel Migros, Culturesfrance.

Curator(s)
Artist Information